Je suis surpris qu'on parle encore "d'accomodements raisonnables", je croyais que c'était le panache révolu des adéquistes et avait disparu avec leur échec. Naïf? Moi?

Sur le fond, je suis contre la discrimination basée sur le sexe d'une personne (ou la religion, mais je vais y revenir). On ne parle pourtant pas du "droit au sexe" dans la charte des droits et libertés: on assume qu'on ne va pas changer le "sexe", le genre des gens parce qu'ils font pas notre affaire ou éliminer la moitié de la population humaine, qu'on pourrait même désigner comme fondamentale dans la reproduction et donc la survie de l'humanité.

C'est tout simplement absurde, ce droit est implicite dans l'existence humaine. Par contre, on parle de droit d'expression, à un logis, à manger, à un minimum de décence, et oui, de religion. Car ce sont toutes des choses qu'on peut nier ou enlever (contrairement au genre d'une personne) ou sur lesquelles on peut discriminer, deux choses fort différentes.

La discrimination est cependant inévitable car elle se produit systématiquement: je t'engage toi et pas l'autre, je traite ton cas à la SAAQ parce que t'es là dans la file. On ne peut pas "traiter" tout le monde en même temps. Mais ça doit être fait d'une façon neutre et qui ne brime pas les gens dépendemment de leur race, leur orientation sexuelle, leur genre ou oui, leur religion. Bref, on ne doit pas discriminer sur ce qui fait d'une personne ce qu'elle est (j'aimerais avoir le droit à la coupe de cheveux, par exemple).

Par contre, je ne reconnais pas le droit à la religion. Je reconnais aux gens le droit de croire en n'importe quelle connerie qu'ils veulent (et la religion en est toute une), mais pas spécifiquement le droit à la connerie religieuse. Les religions organisées et la croyance religieuse en soit sont une menace à l'intelligence collective et des vecteurs de discrimination puissants, particulièrement, à l'égard des femmes.

Pour moi, la question de la primauté des droits manque donc le bateau. La religion est un choix, une erreur, selon moi, mais qui doit être reconnu plutôt comme une opinion politique (capitaliste, communiste) ou culturelle (je fais mes courses le dimanche) qu'une nature humaine fondamentalle (le sexe, la couleur de peau, où tu es né, etc).

On se plante en ramenant ça à un débat sur la religion. Comme d'habitude, on regarde le problème avec notre nombril et vu qu'on est pas tous à poil, on manque l'évidence: nous sommes une société chrétienne (catholique, on pourrait même dire), patriarcale, et relativement frileuse au niveau des idées, surtout à l'assemblée nationale et dans les institutions dirigées par des personnes plus âgées, avec tout le respect que je leur dois. Ceci fait que nous sommes une société qui flirte constamment avec la misogynie, l'islamophobie (et auxiliairement l'homophobie). Dans des cas comme la SAAQ, les gens à qui ont pourrait donner ces pauvres qualificicatifs se voient dans un dilemme horrible: est-ce que je dois haïr l'arabe ou la femme? Indécis, nous voilà dans un débat de société.

J'exagère, mais je pense que ça reflète quand même une partie du problème: on ne reconnaît pas que les femmes (ou les noirs, en d'autres cas) sont systématiquement mises de côtés, moins payées, et généralement maltraitées dans la société. Quand on appuie encore sur ce bouton au nom de la religion ou pas, c'est évident que ça accroche. Mais justement ici, bien qu'il y ait un certain contexte religieux, le fond est du pur sexisme.

Oui, si on refuse de me parler, comme préposé client d'une organisation, sur les bases de mon sexe, je considère que c'est de la discrimination. Je pourrais reconnaître qu'une femme ait le droit de ne pas être forcée à prendre une voiture seule avec un homme qui la "teste". En fait, ce droit pourrait être accordé à tous, mais c'est un cas assez particulier, et je ne suis pas sûr que le "client" ici avait peur de se faire violenter ou abuser dans son test de conduite.

Mais vu qu'on a des infos de merde, on a pas moyen de savoir c'est quoi l'idée derrière cette discrimination arbitraire. Du coup, ça démonise le "musulman" assez facilement et on revient à notre dilemme stupide.

Pour revenir à la question originale:

On Sun, Oct 18, 2009 at 10:14:17PM -0400, Patrice D'Amours wrote:

Doit-il, peut-il, y avoir une hiérarchie dans les droits de la personne?

... elle est selon moi fallacieuse au départ. Il y a déjà une hiérarchie. La charte des droits et libertés, au Québec, déclare dans le préambule l'énoncé suivant:

"Considérant que le respect de la dignité de l'être humain, l'égalité entre les femmes et les hommes et la reconnaissance des droits et libertés dont ils sont titulaires constituent le fondement de la justice, de la liberté et de la paix;"

L'égalité entre les hommes et les femmes est explicité ici, alors que nulle mention est faite de la religion, qu'on retrouve seulement plus loin, comme une "liberté" (Chapitre 1, article 3):

"Toute personne est titulaire des libertés fondamentales telles la liberté de conscience, la liberté de religion, la liberté d'opinion, la liberté d'expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d'association."

(Je n'étalerai pas sur les libertés effectives qu'on peut profiter au Québec ces temps-ci: la religion en est une selon moi qui est sur-représentée.)

Bref, il y a une distinction au terme de la loi actuellement au Québec.

La déclaration universelle des droits de l'homme[sic], malgré son nom, reconnait également l'égalité en préambule:

"Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité des droits des hommes et des femmes, et qu'ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande."

À noter que, le document datant un peu, on parle de "foi dans les droits fondamentaux", ce qui est intéressant. Mais toujours pas de mention directe de la religion, qui se retrouve à l'article 2:

"Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation."

On retrouve ici le sexe et la religion sur un certain pied d'égalité, si on fait abstraction de la mention en préambule.

Je concluerai en disant que je reconnais une primauté du "droit" d'existence de la femme sur celui de la religion. On est libre de sa religion, très rarement de son sexe (ce n'est que récemment que l'humanité s'est permis la liberté de changer de sexe), ce qui implique une variance.

Curieux que cette reconnaissance n'est pas été étendue à la race en préambule. Le fait que l'on parle de la déclaration des droits de "l'homme", aussi, montre à quel point ces "chartes" et les droits que nous reconnaissons et accordons varient selon les politiques et la culture du moment.

Les fondements même de la charte et de la déclaration sont constamment bafoués. J'ai été personnellement victime d'arrestation arbitraire, de saisie, perquisition et fouille abusives, d'infiltration à ma vie privée, on m'a empêché de circuler librement et de m'informer.

Qu'on s'énerve maintenant sur le pauvre droit religieux de certains (alors que nous avons encore la Christ qui siège à l'assemblée nationale) me semble complètement saugrenu.

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